Connaissez-vous ces curiosités de la langue française ?

Connaissez-vous ces curiosités de la langue française ?
  • Qu’ont en commun les mots «radar», «ressasser», «non» ? Quelle est la particularité des mots «délice», «amour» et «orgue» ? La langue de Molière foisonne de particularités. Le Figaro vous propose d’en redécouvrir quelques-unes.

Il faudrait la comparer à une caverne. Celle d’Ali Baba bien sûr. Un endroit merveilleux où chaque pièce d’or entraîne la découverte de mille et un autres trésors. La langue française est ainsi faite qu’à chaque fois que l’on emploie un mot, une centaine d’autres viennent à sa suite. Chaque terme contient en lui-même une arborescence d’anecdotes. Le Figaro vous propose de redécouvrir quelques-unes de ces curiosités.

● Ces figures de style que nous faisons sans le savoir

Qu’ont en commun les mots «radar», «ressasser», «selles», «non» et «coloc»? Vous ne voyez pas? Alors tentez un peu de les écrire une fois, puis une seconde en commençant par leur dernière lettre. Vous ne rêvez pas, chacun de ces mots peut se lire exactement de la même façon dans les deux sens. C’est ce qu’on appelle des «palindromes». Ils sont plusieurs dizaines dans la langue française.

On peut les découvrir au détour d’une ville (Sarras, en Ardèche), d’une rivière (Erdre, en Loire-Atlantique) ou de chez soi, tout simplement . Pensons par exemple au groupe de musique ABBA ou à ces livres qui regorgent de ces figures de style. L’inégalable George Perec composa par exemple un palindrome qui compte 1247 mots. Notons également que ces formules inspirent quotidiennement les auteurs, dont Jacques Perry-Salkow. Véritable spécialiste en la matière, l’auteur a publié Le Vivarium des palindromes, (Fayard).

Les anagrammes ne sont pas en reste. Le Trésor de la langue française les définit ainsi:«Interversion des lettres qui composent un mot (ou plus rarement un syntagme ou une phrase) de manière à faire un autre mot (ou un autre syntagme ou une autre phrase)». Concrètement? Le mot «guérison» est l’anagramme de «soigneur». On peut mélanger toutes les lettres du premier terme pour former le second. De même, le «chien» est l’anagramme du mot «niche». Poilant non?

» LIRE AUSSI – Prononcez-vous correctement ces mots de la langue française?

● Au pluriel!

Il y a des mots qui ne s’emploient qu’au pluriel comme le rappelle sans «ambages» Jean-Loup Chiflet dans son livre Les exceptions de la langue française, on adore les détester (Mots & Cætera). Bien que peu nombreux, voire pour certains désuets, ces termes font la préciosité de notre langue. Rappelons-nous ainsi que l’on dit toujours des: «affres», «annales», «condoléances», «honoraires», «funérailles», «obsèques», «préparatifs», «ténèbres».

À noter que les mots masculins «délice», «amour», «orgue» ont la particularité de changer de genre une fois mis au pluriel. C’est ainsi que l’on écrit un «amour enfantin» mais des «amours enfantines», un «bel orgue» mais des «belles orgues», un «délice infini» mais des «délices infinies».

● Des rimes qui n’existent pas

Tout est poétique. L’art, la nature, la politique, la société… Tout. Ou presque. Si la langue française offre pléthore de mots capables de sonner entre eux, elle accueille aussi des orphelins de la rime. C’est le cas du mot «quatorze» qui ne résonnent avec aucun autre terme. Mais aussi de «triomphe», de «quinze», de «belge», de «goinfre», de «pourpre». Et la liste est exhaustive.

Cette bizarrerie poétique se retrouve aussi chez les noms propres. Il existe des mots qui se lisent et se disent sans consonnes. C’est ainsi que l’on prononce seulement une voyelle en les prononçant. Exemple: le fleuve «Aa» (Hauts-de-France), la commune Eu (Seine-Maritime), (Somme) ou bien encore le château de Ô, dans l’Orne.

» LIRE AUSSI – Dix mots français que les Anglais adorent

● Le dictionnaire a peur

Il y a des peurs que tout le monde connaît. L’arachnophobie, à savoir la «peur des araignées», l’agoraphobie, la «peur de la foule» ou bien l’acrophobie, c’est-à-dire la «peur des hauteurs». Mais il y en a d’autres très étonnantes. Âmes sensibles s’abstenir!

On peut dire d’une personne qui a constamment peur de perdre son téléphone qu’elle est «nomophobe» («nomophobie», de l’anglais «no mobile-phone phobia»), d’un individu qui souffre de la vue des poulets qu’il est «alektorophobe» (de alektoris «poule»), d’un autre qui a peur d’être pris de diarrhées impérieuses en public qu’il est «laxophobe» et enfin de quelqu’un qui a peur des nains dans les jardins, qu’il est «nanopabulophobe». De manière plus surprenante encore, on qualifie d’«anuptaphobes» ceux qui s’amourachent à tout va de peur d’être célibataire ; de «carpophobes» ceux qui ont peur des fruits et enfin de «tokophobes», ceux qui ont peur d’accoucher.

À noter qu’il existe un nom pour qualifier les individus qui ont peur des mots trop longs. Baptisés «hippopotomonstrosesquippedaliophobes», ces derniers ne pourront sûrement jamais prononcer le mal dont ils souffrent…

● Des mots sans orthographe

On pourrait croire que ce sont des mots truffés de fautes. Et pourtant, ce «rencard» qui s’écrit tantôt avec un «e», tantôt avec un «a», tantôt avec un «d», tantôt avec un «t» est absolument correct. Idem pour le terme «bistro» qui peut à souhait s’écrire avec ou sans son «t». Les dictionnaires hésitent toujours à leur sujet. Alors gargarisons-nous de ces écritures polymorphes. On peut noter: «clé» ou «clef», «tsar» ou «tzar», «dorade» ou «daurade», «cacahuètes» ou «cacahouètes».

Bonus:

Les néologismes sont une autre jolie facette de la langue française. Notons dans le désordre ceux de Proust: «bizarroïde», «encaoutchouté», «jusquauboutiste», «baballe». Le verbe «badonguer» de Paul Claudel, qui signifie «sonner les cloches». Le verbe «dormioter», inventé par Giono, qui signifie somnoler. Le mot «touchatouisme» de Jean Cocteau ou bien encore le verbe «trifurquer» que préfère Louis Aragon au terme «bifurquer».